Alors que l'Objectif de développement durable 6.1 vise un accès universel à l'eau potable d'ici 2030, la République démocratique du Congo reste confrontée à d'importants défis malgré ses immenses ressources hydriques. Dans cette tribune, le chercheur Pascal Kazwenga analyse les obstacles qui freinent les progrès du pays et propose des pistes d'action pour accélérer la réalisation de cet objectif essentiel.


La RDC possède plus de 50 % des réserves d'eau douce de l'Afrique. Pourtant, seuls 42 % des Congolais ont accès à l'eau potable, contre plus de 73 % au niveau mondial. Pour les services d'eau gérés en toute sécurité, la situation est encore plus préoccupante : seulement 12 % de la population en bénéficie.

À moins de cinq ans de l'échéance des Objectifs de développement durable, le pays accuse un retard important qui nécessite une mobilisation rapide des pouvoirs publics, des partenaires au développement et du secteur privé.

Une pression démographique et urbaine croissante

Avec près de 110 millions d'habitants et une croissance démographique annuelle d'environ 3 %, la demande en eau augmente rapidement. L'urbanisation accélérée, particulièrement à Kinshasa, Lubumbashi, Goma et Mbuji-Mayi, exerce une pression considérable sur des infrastructures souvent insuffisantes ou vieillissantes.

L'extension des quartiers informels sans planification adéquate complique davantage l'accès à l'eau potable et favorise la contamination des ressources disponibles.

Le financement demeure un défi majeur

Les infrastructures nécessaires pour assurer un accès universel à l'eau exigent des investissements considérables. Bien que plusieurs financements internationaux aient été mobilisés ces dernières années, les besoins restent largement supérieurs aux ressources disponibles.

La solution passe par des mécanismes de financement hybrides associant investissements publics, partenaires techniques et financiers, ainsi que participation du secteur privé dans un cadre réglementaire clair et transparent.

Le changement climatique accentue les vulnérabilités

Les effets du changement climatique se font déjà sentir en RDC. Inondations plus fréquentes, irrégularité des précipitations, sécheresses localisées et dégradation des ressources en eau fragilisent davantage les systèmes d'approvisionnement.

Ces phénomènes augmentent également les risques de maladies hydriques telles que le choléra et les diarrhées, qui touchent principalement les populations les plus vulnérables.

Pourquoi investir dans l'eau est stratégique

L'accès à l'eau potable produit des bénéfices immédiats pour la santé, l'éducation et l'économie des ménages. Il réduit les maladies, améliore la fréquentation scolaire, notamment chez les filles, et permet aux femmes de consacrer davantage de temps à des activités productives.

Investir dans l'eau contribue également à renforcer la résilience des communautés face aux chocs climatiques et aux crises sanitaires.

Les priorités pour atteindre l'ODD 6.1

Pour progresser vers l'accès universel à l'eau potable d'ici 2030, plusieurs actions prioritaires s'imposent :

  • intégrer l'eau dans les politiques d'aménagement urbain ;
  • renforcer les investissements publics et privés ;
  • améliorer la gouvernance du secteur ;
  • développer des solutions décentralisées adaptées aux réalités locales ;
  • accorder davantage d'attention à la maintenance des infrastructures existantes ;
  • intégrer systématiquement l'adaptation climatique dans les projets d'eau.

Une opportunité à saisir

La RDC ne manque pas d'eau. Son principal défi réside dans la capacité à transformer cette ressource abondante en un service accessible à tous.

L'atteinte de l'ODD 6.1 exige une action rapide et coordonnée. Avec des investissements ciblés, une meilleure gouvernance et des solutions adaptées aux réalités locales, le pays peut encore transformer son immense potentiel hydrique en moteur de développement durable et améliorer durablement les conditions de vie de millions de Congolais.