La République démocratique du Congo est souvent décrite comme un « scandale géologique » en raison de ses immenses richesses naturelles. Mais elle est également le théâtre d'un paradoxe hydrique saisissant. C'est le constat dressé par Pascal Kazwenga, chercheur doctoral en économie de l'eau, changement climatique et développement durable. Dans son analyse, l'auteur relève qu'avec plus de 50 % des réserves d'eau douce du continent africain, la RDC demeure pourtant l'un des pays où l'accès à l'eau potable reste le plus faible.

Pour lui, cette situation ne constitue pas seulement un problème sanitaire. Elle représente également un frein majeur au développement économique, à la productivité des ménages et à la compétitivité du pays.

L'eau : un investissement stratégique pour l'économie

Selon Pascal Kazwenga, l'eau potable ne doit plus être considérée comme une simple infrastructure sociale, mais comme un véritable investissement économique.

Chaque amélioration de l'accès à l'eau génère des bénéfices mesurables : diminution des dépenses de santé, amélioration de la productivité des travailleurs, hausse de la fréquentation scolaire, développement de l'entrepreneuriat féminin et création d'emplois dans les secteurs de la construction, de la maintenance et de la gestion des réseaux.

À l'inverse, l'absence d'eau potable entraîne des coûts importants pour les ménages, qui consacrent plusieurs heures chaque jour à la recherche de cette ressource, ainsi que pour l'État, confronté aux conséquences sanitaires des maladies d'origine hydrique.

Une urbanisation qui dépasse les capacités des réseaux

Dans son analyse, Pascal Kazwenga souligne que la croissance démographique et l'urbanisation rapide constituent aujourd'hui l'un des principaux défis du secteur.

Les grandes villes congolaises, notamment Kinshasa, Lubumbashi, Goma et Mbuji-Mayi, s'étendent à un rythme supérieur à celui des investissements dans les infrastructures de base. De nombreux quartiers naissent sans réseaux d'eau, sans assainissement et sans véritable planification urbaine.

Cette urbanisation non maîtrisée accroît la pression sur les ressources hydriques, favorise la contamination des sources d'eau et détériore progressivement la qualité du service rendu aux populations.

Le changement climatique alourdit la facture

L'Expert attire également l'attention sur les conséquences économiques du changement climatique.

Les inondations, les sécheresses prolongées, les fortes chaleurs et les glissements de terrain fragilisent les infrastructures hydrauliques existantes et augmentent considérablement les coûts de leur entretien.

À cela s'ajoute la recrudescence des maladies hydriques, qui exerce une pression supplémentaire sur les finances publiques et réduit la capacité productive des ménages les plus vulnérables.

Des financements encore insuffisants

Pour Pascal Kazwenga, plusieurs initiatives récentes témoignent d'une volonté de renforcer le secteur de l'eau en RDC. Les appuis de la Banque mondiale, du Fonds vert pour le climat et d'autres partenaires internationaux constituent des avancées importantes.

Cependant, ces financements restent largement insuffisants au regard des besoins d'un pays de près de 110 millions d'habitants.

Le chercheur plaide ainsi pour des mécanismes de financement hybrides, combinant investissements publics, capitaux privés, aides internationales et gouvernance renforcée afin d'assurer la pérennité des infrastructures.

Quand l'eau devient un moteur de développement

Selon l'analyse de Pascal Kazwenga, les bénéfices d'un meilleur accès à l'eau potable dépassent largement le seul domaine de la santé.

Des ménages ayant accès à une eau de qualité voient diminuer les cas de maladies hydriques, réduisent leurs dépenses médicales, gagnent un temps précieux auparavant consacré à la collecte de l'eau et développent davantage d'activités économiques.

Les femmes disposent de nouvelles opportunités entrepreneuriales, les filles restent plus longtemps à l'école et les communautés deviennent plus résilientes face aux effets du changement climatique. Pour l'auteur, investir dans l'eau revient simultanément à investir dans la santé, l'éducation, l'agriculture, l'emploi et la croissance économique.

2030 : une échéance décisive

À moins de cinq ans de l'échéance fixée par les Nations unies pour atteindre l'Objectif de développement durable n°6 relatif à l'accès universel à l'eau potable, Pascal Kazwenga estime que la RDC doit accélérer ses efforts.

Il recommande notamment de renforcer la maintenance des infrastructures existantes, de développer des solutions décentralisées dans les quartiers informels et les zones rurales, d'améliorer la gouvernance du secteur, d'intégrer davantage les enjeux de l'eau dans la planification urbaine et de promouvoir une adaptation plus ambitieuse au changement climatique.

Pour le chercheur, l'eau doit désormais être considérée comme un capital économique stratégique. Sa bonne gestion déterminera non seulement la santé des populations, mais aussi la capacité du pays à soutenir une croissance inclusive et durable au cours des prochaines décennies.