Kinshasa. Le temps passe, mais la souffrance des anciens habitants de Pakadjuma semble, elle, s'aggraver. Six mois après leur déguerpissement et leur relogement à Kinkole, près de l'Hôpital de Référence CNPP, cette communauté continue de vivre une crise humanitaire qui ne laisse personne indifférent.

Selon les statistiques compilées par les représentants des habitants, 78 personnes ont déjà perdu la vie en l'espace de six mois.

Le bilan fait état de 45 décès d'enfants âgés de 0 à 5 ans, de 8 décès d'enfants de 5 à 16 ans, de 22 décès de personnes âgées de plus de 16 ans ainsi que de 3 personnes tuées par balles.

Au-delà de la froideur des chiffres, ce sont des dizaines de familles qui pleurent aujourd'hui un enfant, un parent ou un proche.

Ces statistiques, si elles reflètent la réalité vécue par cette communauté, constituent un véritable signal d'alarme. Elles interpellent autant les autorités que l'ensemble de l'opinion publique.

Face à des conditions de vie devenues extrêmement difficiles sur le site de relogement, plusieurs ménages ont décidé de retourner sur leur ancien lieu d'habitation à Pakadjuma, malgré les risques qui avaient pourtant justifié leur évacuation.

Sur place, le spectacle est saisissant.

L'ancien quartier est aujourd'hui envahi par des montagnes de déchets, des eaux stagnantes et des odeurs nauséabondes. Dans cet environnement insalubre, des familles tentent néanmoins de survivre, faute d'alternative durable.

Cette réalité met en évidence une faiblesse souvent dénoncée dans la gestion des politiques publiques : l'absence de suivi après la prise des grandes décisions administratives.

Le déguerpissement n'aurait pas dû marquer la fin de l'action des pouvoirs publics. Au contraire, il aurait dû ouvrir une phase d'accompagnement social, sanitaire et humanitaire permettant aux populations déplacées de reconstruire leur vie dans des conditions dignes.

Aujourd'hui, les chiffres rapportés par la communauté démontrent qu'il est urgent d'agir.

Chaque décès supplémentaire constitue une tragédie qui aurait peut-être pu être évitée grâce à une meilleure prise en charge des populations concernées.

Au-delà des responsabilités administratives, cette situation appelle avant tout un sursaut humanitaire.

Les autorités provinciales de Kinshasa sont invitées à diligenter une mission d'évaluation sur le site de Kinkole afin d'établir l'ampleur réelle de la situation, d'améliorer les conditions de vie des familles déplacées et de renforcer l'accès aux soins de santé, à l'eau potable, à l'assainissement et à la sécurité.

Parallèlement, une intervention d'urgence s'impose également sur l'ancien site de Pakadjuma, où plusieurs familles sont revenues s'installer malgré les dangers sanitaires manifestes.

Les statistiques rapportées aujourd'hui ne doivent pas être perçues comme de simples chiffres.

Derrière chacun de ces 78 décès, il y a une vie perdue, une famille endeuillée et une communauté qui s'interroge sur son avenir.

Pakadjuma ne devrait pas devenir un drame oublié.

Il est encore temps pour les autorités provinciales, les services de l'État, les partenaires humanitaires et les organisations de la société civile de se mobiliser afin d'éviter que ce bilan ne continue de s'alourdir.

Car la véritable réussite d'une opération de déguerpissement ne se mesure pas seulement au déplacement des populations, mais surtout à la capacité de l'État à garantir leur sécurité, leur dignité et leur droit à la vie après leur relogement.